1957/2027 : le soixante-dixième anniversaire des Traités de Rome.
Le choix qui a façonné l’histoire.
L’Europe se trouve une nouvelle fois à la croisée des chemins : soit elle change de cap en relançant ses ambitions, soit elle accepte un lent déclin.
Les politiques de l’administration Trump et la résurgence du nationalisme dans de nombreux pays européens ralentissent le processus d’intégration vers une Europe fédérale, en attaquant le multilatéralisme et les valeurs démocratiques.
À la veille du soixante-dixième anniversaire des Traités de Rome, un tournant est nécessaire, avec la relance d’une large mobilisation et d’un combat politique majeur. L’Europe ne peut pas se contenter de résister : nous devons relancer avec force le projet fédéral de l’Union européenne comme seule réponse crédible aux défis mondiaux.
L’Union européenne a jusqu’à présent garanti la paix, la démocratie et la prospérité.
Cependant, le niveau d’intégration politique, économique et industrielle atteint aujourd’hui n’est plus suffisant. Il ne permet pas de protéger nos acquis sociaux, ne garantit pas notre sécurité et ne permet pas de soutenir une action diplomatique européenne forte et cohérente pour préserver la paix ou développer une autonomie stratégique dans les domaines clés du développement.
Comme en 1957, le courage est nécessaire pour changer et pour construire un nouveau processus qui renforce l’unité et la dimension politique de l’Union. Une Union capable de guider les grandes transformations de ce siècle, au lieu d’en être spectatrice.
Les défis technologiques nécessaires pour renforcer notre compétitivité dans le domaine numérique sont multiples : de l’intelligence artificielle à l’aérospatial, de la transition écologique à l’autonomie stratégique en matière de défense. Dans ces domaines, nous ne produisons plus d’innovation, nous nous contentons de la réglementer. D’autres innovent, nous vendent leurs produits et en tirent les bénéfices, tandis que nous en supportons les coûts. Réglementer pour protéger les populations et la planète est juste, mais la réglementation seule ne crée ni PIB ni emplois. Sans investissements publics partagés, la richesse et l’emploi iront ailleurs.
Considérons également la nécessité de relancer certains piliers de notre vision commune du développement : la cohésion sociale et la lutte contre les inégalités, dont la progression représente la principale menace pour la force et la résilience de la démocratie.
Malheureusement, le prochain budget européen va dans la direction opposée : il affaiblit la cohésion territoriale, réduit les ressources et limite la portée des politiques fondées sur les territoires.
Le grand élargissement à 27 États membres a rendu l’Europe plus stable et plus forte. Mais des décisions sont désormais nécessaires pour garantir la capacité de décision et l’unité d’action. Faute de quoi, le risque est réel : un retour à une Europe paralysée par les gouvernements nationaux, régie par une logique purement intergouvernementale, terrain fertile pour des dérives autoritaires alimentées par la rhétorique nationaliste.
Nous devons agir.
Nous proposons quatre actions initiales et orientations stratégiques à poursuivre immédiatement au Parlement européen et au niveau national afin de relancer le projet des États-Unis d’Europe :
1) Un budget européen plus fort
Depuis la fin des années 1980, le budget européen est resté bloqué autour de 1 % du PIB. Les défis actuels sont par nature européens et exigent du courage. Nous devons réviser et augmenter le cadre financier pluriannuel afin de soutenir les investissements à l’échelle de l’UE, notamment par le biais d’une dette commune et de nouvelles ressources propres orientées vers l’innovation, la transition verte et la cohésion sociale. Dans le même temps, nous devons traiter la question cruciale de la réforme de l’harmonisation fiscale entre les États membres.
2) Une véritable politique étrangère pour la paix
Nous avons besoin d’une véritable politique étrangère qui relance une diplomatie européenne forte en tant qu’instrument de paix. Conformément à l’article 42 du traité de Lisbonne, des projets de coopération et des accords entre États membres doivent être lancés afin de promouvoir une défense européenne véritablement commune.
3) Dépasser le pouvoir de veto
Le « non » d’un seul pays peut bloquer l’ensemble de l’Union : l’unanimité entrave l’action. Nous devons avancer vers une réforme cohérente des Traités, comme l’a demandé le Parlement européen, afin d’abolir l’unanimité dans le système décisionnel de l’UE, de renforcer le Parlement européen et d’achever le marché unique partout où cela est possible, afin d’accroître l’influence mondiale et la compétitivité de l’Union.
4) Davantage de coopérations renforcées
Des projets et politiques communs doivent être lancés immédiatement avec les États membres prêts à avancer, sans attendre un accord unanime, revitalisant ainsi la pratique institutionnelle de la coopération renforcée.